Montrer ou ne pas montrer ? Dois-je heurter afin d’obtenir un moment d’attention et faire naître une réflexion ? Réaliser des clichés, les exposer... et après ? Quel sens je donne à ma démarche ?
Ce sont inlassablement toutes ces questions qui ont envahi mon esprit au moment de commencer à travailler sur ce sujet dont je présente ici les prémices.
La thématique des sans-abris a maintes fois été abordée en photographie et au cinéma. Le travail photographique de Véronique ELLENA
« Les invisibles » réalisé en 2012 en Italie ou encore le dernier film de Louis-Julien PETIT du même nom sorti au mois de janvier dernier en sont les parfaits exemples.
Alors pourquoi de nouveau s’y pencher ?
Parce qu’à mon sens dire et redire, montrer sans concession, marteler sans cesse que l’équilibre de nos vies est parfois fragile et que personne n’est à l’abri d’un « accident de la vie », c’est éviter de sombrer dans l’indifférence et plonger ces personnes dans un oubli dont ils ne reviendront pas !
Comme l’explique, lors des ses conférences, Thibaut BESOZZI  Docteur en sociologie à l’université de REIMS qui a réalisé une étude ethnographique de 8 mois sur ce sujet à NANCY, il n’existe pas de trajectoire commune à la précarité. Tous ces individus ont une histoire singulière : « Ce ne sont en aucun cas tous les mêmes » !
Cette affirmation balaie d’un revers de la main l’idée préconçue que l’errance dans laquelle se retrouvent plongées ces personnes est la conséquence directe d’une prédestination ou d’une logique implacable.
Les conditions de vie éprouvantes dans la rue et les innombrables humiliations qui les accompagnent et que subissent les sans-abris sont à l’image de la violence du regard qui est souvent porté sur eux. L’indifférence, le rejet, le mépris sont autant de réactions hostiles à
la présence de ces personnes qui n’ont pas d’autre choix que d’occuper l’espace public puisqu’elles sont «dépourvues d’espace privé».
Où est donc la place de ces femmes et ces hommes que l’on ne veut plus voir envahir nos centres-villes et que l’on repousse chaque jour de plus en plus loin à grand renfort d’installations de mobiliers urbains anti- sdf ? Le génie et l’inventivité semblent sans limite dans ce domaine !
Pour eux, peu ou pas d’intimité. Les rares temps de repos se déroulent dans des endroits dénués de tout confort pour ceux qui refusent de quitter la rue, ou dans des lieux d’accueil où la promiscuité est reine.
Ont-ils encore des rêves ?
Fort heureusement l’indifférence n’est pas légion et les actions sont nombreuses ! Au quotidien, travailleurs sociaux, bénévoles d’associations, et particuliers à l’abnégation sans faille, s’engagent et viennent en aide aux sans-abris. Ils apportent nourriture, vêtements, réconfort, bienveillance, considération et bien d’autres choses encore qui permettent de recréer un lien social. Même s’il apparait souvent fragile, les actions combinées de ces ardents défenseurs de la cause des sans-abris font parfois naître une lueur d’espoir et basculer des vies vers un «retour à la normalité ».
Il m’apparait donc primordial de poursuivre mon travail bien au-delà de cette exposition, à la fois pour montrer la détresse de ces personnes et les formidables élans de solidarité de ceux qui les accompagnent.
Celui-ci, qui viendra s’ajouter aux très nombreuses autres initiatives déjà existantes, a pour but de susciter un questionnement chez ceux qui regarderont mes clichés : «Quel regard je porte sur les sans-abris ? Est-ce que je me sens concerné ? Que suis-je prêt à faire ?»
Je vous laisse seul juge...
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